
On s’attendait à du moderne, du trader en costard-cravate, des grosses voitures, des gratte-ciel futuristes. Eh bien on a été servis ! La ville est tout simplement fantastique. Un vrai petit paradis pour gens riches (ou presque). Nous avons passé trois jours et demi à optimiser notre temps et notre énergie afin de voir le plus de choses possibles. Mais il y avait beaucoup à faire…

Nous avons été reçus en couchsurfing par une famille adorable d’ « immigrés » malais, arrivés à Singapour il y a une quinzaine d’années et à présent naturalisés, vivant dans la « banlieue » de la ville. Issus de la minorité chinoise de Malaisie (30% de la population), ils sont venus là trouver du travail et un meilleur niveau de vie, faisant maintenant partie de la majorité chinoise de Singapour (75% de la population). La ville est en effet très différente du reste de la péninsule malaise dont elle forme la pointe sud. Les proportions y sont inversées, on le voit bien dans le métro, avec très peu de Malais musulmans, les femmes sont vêtues à l’occidentale, on pourrait se croire dans une ville européenne, si ce n’était la dominance asiatique des passants et… la propreté des rues !
En effet, on est ici dans une république parlementaire… autoritaire ! On ne jette pas son papier gras ou son mégot dans la rue, ou c’est 300 euros d’amende ; on ne traverse pas non plus hors des clous, on ne mâche pas de chewing-gum dans les lieux publics, etc… Du coup, la ville est très (très) sécure, la criminalité y est très faible, et de toute façon il n’y a pas de chômage, tout le monde bosse, donc pas le temps de commettre des crimes : c’est un genre de ville-état idéal. Peut-être même un peu trop à nos yeux de Français au comportement latin prononcé…
Les gens habitant en grande majorité des HLM appartenant à l’état, la question du logement trop cher comme à Paris ne se pose pas, être propriétaire est réservé aux très riches. Mais les standards des HLM sont juste ceux des logements de standing en France, rien à voir avec nos cités françaises, ils sont bien construits, bien pensés avec beaucoup d’espaces collectifs, propres ; la mixité sociale obligatoire est appliquée rigoureusement, les voisins de paliers de nos hôtes étaient Indiens, Chinois, Malais et même un couple mixte…

C’est à la sortie du métro Raffles, dans le quartier des affaires, que l’on prend un peu la mesure de Singapour. Des tours partout, des gens qui vont et viennent dans des costards impeccables et des filles en tailleurs ajustés (mais comment font-ils avec la chaleur ?). Dans chaque tour, des… banques. La ville est un bon gros paradis fiscal, les Français se rappelleront où un certain Mr Cahuzac avait transféré ses sous depuis la Suisse devenue trop transparente… Hervé a même eu droit, quelques jours après son passage en ville, à un mail publicitaire sur sa messagerie gmail, lui proposant d’ouvrir un petit compte bancaire chez Citigroup Singapour… No comment !
Après être passés dans le vieux quartier colonial et ses bâtiments victoriens symboles de l’ancienne présence britannique, on a suivi le flot de touristes qui se rendaient jusqu’à Marina Bay pour voir le symbole de la ville, le merlion : cette statue de poisson à tête de lion crache depuis sa gueule un jet d’eau que les touristes font semblant d’avaler le temps d’une photo en trompe-l’oeil. Forcément tout le monde a l’air un peu bête, la bouche ouverte en l’air… mais l’ambiance étant vraiment sympa, Hervé s’est même prêté au jeu en prenant la pose débile, c’est dire…
De là, on a une vue tout simplement imprenable sur les trois tours du Marina Bay Sands « coiffées » du Sky Park, à l’architecture vraiment impressionnante. La nuit venue, tout est éclairé et c’est vraiment magique à partir de 20h : débute alors un spectacle hallucinant, avec jets d’eau et pyrotechnie au sol, les tours s’illuminant quant à elles avec de grands faisceaux lasers balayant le ciel.

La ville s’est modernisée à la hache, les vieux quartiers insalubres – en tout cas considérés comme tels – ont été rasés dans les années 70 pour faire place nette… Quelques zones ont été quand même préservées, restaurées et entretenues de manière splendide (voire même recréées à l’ancienne, une mode qu’on a déjà pu voir en Chine). Du coup, la ville mixe à merveille l’ancien avec le contemporain.
Le quartier de Chinatown est vraiment le mieux préservé, on y trouve de beaux temples taoïstes et de nombreuses maisons anciennes. Nous avons passé une journée à nous y balader, durant laquelle nous avions échangé Jonas contre « squid », un jeune garçon vraiment sage et obéissant à la tête en carton. En clair, Jonas a porté un carton sur la tête toute la journée, ce qui a assez amusé les passants : ce qu’il ne faut pas faire parfois pour calmer un enfant turbulent… on expérimente bien le lâcher-prise avec lui.

On a bien aimé la visite du temple Bouddhiste du Buddha Tooth Relic. S’il est récent (sur trois étages, avec ascenseurs et parkings !), ce qui pourrait nous rendre méfiant car préférant les vieilles pierres, nous y avons quand même trouvé notre bonheur : l’ambiance y est vraiment sympa, avec un jardin au dernier étage entourant un énorme moulin a prière. Il y a un mini-musée présentant une très belle collection de Bouddhas provenant de tous les pays d’Asie. On a eu un peu l’impression de faire un récapitulatif de tout ce que l’on avait déjà pu voir dans nos voyages. C’est vraiment un musée très réussi avec aussi des sculptures de bouddhas contemporains d’artistes taiwanais qui nous ont vraiment plu.
Le quartier de Little India est un peu plus dans son jus, moins lisse, moins clean, plus indien quoi. Hervé a pu se faire plaisir avec un dosaï géant et du shopping dans de la boutique pour Indiens, le tout dans une bonne ambiance bollywood. Très étonnant, en plein milieu du quartier indien, on a aussi eu droit à une représentation de… théâtre chinois traditionnel, par une troupe amateur avec costumes et maquillages vraiment impressionnants. Pas vraiment de spectateurs, et pour cause : on était au beau milieu de la fête chinoise des fantômes affamés, la représentation était pour eux, pas pour les vivants comme nous…


De l’Indouisme, on passe facilement à l’Islam avec le quartier voisin d’Arab street, encore un petit bijoux, plus tendance et trendi qui sa voisine. Ici c’est palmiers, bars à chicha, et boutiques à souvenirs au pied de la belle Sultan Mosque.
Il y a aussi l’île de Sentosa, au sud de la ville, rattachée à Singapour par des ponts et même un monorail. C’est l’île des divertissements, avec le parc universal studios (le disneyland local), un aquarium, un waterpark, des plages, plein de manèges, d’activités proposées et de restos… Nous y sommes allés (en semaine, on vous laisse imaginer la foule le week-end…) pour visiter l’aquarium, le plus grand au monde. On commence dans une attraction assez réaliste où on est passager d’un bateau sombrant dans un typhon (un peu flippant pour les enfants), pour sortir en face d’un énorme aquarium mettant en scène l’épave du bateau, au milieu de myriades de poissons. Ensuite, c’est une succession d’aquariums tous plus beaux les uns que les autres. Nos préférés : les méduses, les requins, les murènes (que du gentil…), mais aussi l’aquarium géant avec les grandes raies mantas. On a adoré. On a quitté ensuite la très artificielle Sentosa pour aller faire une petite rando sympa dans une forêt proche, dans l’île principale : une balade très originale sur des passerelles dans la canopée de la forêt ou sur un grand pont au design futuriste enjambant une vallée, les espaces forestiers vraiment mis en valeur – et en scène.


Avec tout ça, on rentrait assez tard de nos longues journées, et bien fatigués chez nos hôtes, mais les enfants étaient toujours motivés pour rentrer afin de pouvoir jouer au petit train du garçon de la famille, un phénomène de 8 ans. On était accueillis par ses parents et son adorable mamie, venue de Malaisie pour aider à s’en occuper. Il faut dire que les deux parents travaillant et l’école ne commençant que vers les 10h ou 11h par manque de place dans les écoles (des sections de classe le matin et d’autres l’après-midi), ce n’est pas simple à gérer. Le petit garçon a été (limite) traumatisé le premier soir par Zélie et ses grands yeux qui le regardaient fixement lorsqu’il est allé l’observer dans la chambre éteinte. Les autres soirs, il s’inquiétait toujours de savoir si elle dormait ou non, c’était vraiment rigolo. La mamie était aux petits soins pour nous, adorable et toujours joviale.

Dans le quartier, la communauté chinoise était en pleine célébration de la fête des fantômes affamés, avec un grand barnum installé au milieu de la cité. Un soir on a pu voir un spectacle de marionnettes pour les fantômes, il était déconseillé de s’asseoir sur les chaises, réservées pour eux. Tout était fait pour qu’ils se divertissent sous le barnum, espace de casino avec jeux et bières ouvertes, cadeaux divers, offrandes factices en carton… Chacun aura compris que le but était de leur faire plaisir, afin que ceux-ci ne viennent pas les hanter ou leur attirer des problèmes le reste de l’année. Le lendemain, c’était cérémonie avec prêtre taoïste pour les esprits des enfants décédés, avec en cadeaux des bodies, biberons, bonbons, nuggets de poulet et frites macdo. L’ambiance était bon enfant (sans jeu de mot), le rituel assez touchant. On a vraiment été impressionnés par cette vie de quartier sympathique, où on se sent bien accueilli.
Le dernier soir, sans doute mise en confiance par la bonne ambiance familiale, Zélie a fait ses « deuxièmes » premiers pas. Encouragée par tous, elle s’est enfin lancée pour de bon dans l’aventure de la marche, à 14 mois passés. Pas trop tôt !
Si notre passage à Singapour a été un peu trop rapide à notre goût – on y serait bien resté quelques jours de plus – on a quand même eu un bon aperçu de la ville, avec ses cités HLM, ses tours de bureau, ses vieux et ses nouveaux quartiers, sa zone de loisirs ou sa zone portuaire ultra-modernes ; et ses zones encore vierges, laissant deviner une ville en constante évolution avec de nombreuses constructions en cours, pour une population qui a augmenté de manière rapide ces dernières années… La ville attire. Bref on a adoré Singapour.
